Plus de 25 millions de Français sont présents sur Facebook. Tous les mois, ils likent plus de 1,8 milliard de contenus, publient 103 millions de statuts et partagent 185 millions de photos et 1 million de vidéos. Une équipe de chercheurs en sciences humaines et en informatique a voulu en savoir plus. C’est Algopol, un projet de recherche lancé en décembre 2013 par Linkfluence avec l’université Paris 7, l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, le CNRS et Orange Labs.

Comprendre les comportements sur Facebook

Tirés de l’intégralité des données de plus de 12 000 comptes Facebook ayant accepté de participer à l’expérimentation, les résultats d’Algopol sont frappants. Ils montrent 3 types majeurs de comportements sur le réseau social. Surprise, les usagers égocentrés, ceux qui se mettent en scène à longueur de journée sur leur page, sont minoritaires. Ils représentent seulement 15% des comptes analysés. Face à eux, des individus qui s’expriment la plupart du temps sur les murs de leurs contacts, plutôt que les leurs. Ce sont les utilisateurs les plus jeunes, les Millenials, pour qui Facebook est “une forme de chat”, résume le sociologue Dominique Cardon, au coeur de ce travail de recherche. Mais, cet usage reste marginal : la majorité sur Facebook est constituée d’utilisateurs discrets, non pas silencieux mais se contentant de publier des liens de temps en temps plutôt que des statuts à tout-va.

Les chercheurs se sont intéressés de près à la nature de ces liens. Objectif : saisir les logiques des goûts et préférences de chacun. L’analyse de plus de 270 000 liens partagés a permis d’établir un panorama des centres d’intérêts des Français sur Facebook. Sur la carte ci-dessous, les 600 plates-formes dont ils ont le plus partagé les contenus. Plus de plates-formes ont de relayeurs en commun, plus elles apparaissent à proximité l’une de l’autre : Strategies.fr et Influencia.net sont côte à côte, tandis que Jeuxactu.com se situe à l’opposé de Ecologie.blog.lemonde.fr. Moins attendu, Rmcsport.fr se trouve dans la même zone que 9gag.tv et Goldenmoustache.com. L’analyse fait apparaître des régions d’affinités : une sphère “loisirs” (en bleu), une sphère “culture” (en vert), une sphère “geeks” (en jaune) ou encore une sphère “de gauche” (en vert fluo).

Les données récoltées permettent aussi de comprendre les comportements en ligne de catégories socio-démographiques spécifiques. Les ouvriers et employés partagent massivement des articles de médias mainstream : Directmatin.fr, Europe1.fr, Lci.tf1.fr, Rtl.fr ou encore Actu.orange.fr. Ils affectionnent également les contenus des médias locaux online : Lamontagne.fr, Lavoixdunord.fr, Estrepublicain.fr, Ladepeche.fr ou Ouest-france.fr. De leur côté, les enquêtés cadres et professions intellectuelles supérieures marquent un fort intérêt pour les médias internationaux de référence : Guardian.co.uk, Ft.com, Newyorker.com ou encore le site satirique Theonion.com. Ils relaient aussi massivement les contenus de sites à la gauche de l’échiquier politico-médiatique : Rue89.com, Blogs.mediapart.fr,  Marianne2.fr ou Alternatives-economiques.fr.

algopol linkfluence

 

 

Une nouvelle étape pour la cartographie du web

Cette étude est une étape clé pour la cartographie digitale, une technologie développée par Linkfluence depuis 2006. Habituellement, les cartes sont construites sur les liens hypertextes partagés par les rédacteurs des blogs et des médias en ligne. Celles d’Algopol sont bâties sur les liens partagés par un public beaucoup plus divers : des usagers de Facebook, c’est-à-dire des consommateurs aux profils extrêmement divers. Elles permettent de regrouper les plates-formes en fonction des centres d’intérêt de leurs audiences : à quels autres sujets les fans des contenus Redbull.fr s’intéressent-ils ? Comment les internautes militants, qui se mobilisent via Change.org, informent-ils leurs contacts ? Elles donnent aussi la possibilité de comprendre la consommation médiatique de catégories particulières : quels sont les centres d’intérêt des internautes CSP+ ? Qui sont les utilisateurs de Facebook qui partagent le plus les contenus de Leboncoin.fr ?

Le travail d’Algopol s’inscrit pleinement dans la transformation de la cartographie digitale. Désormais, l’enjeu n’est plus de produire de simples outils de représentation mais, au contraire, de proposer de véritables cartes d’état-major des écosystèmes. Un acteur comme Linkfluence permet aux entreprises de tirer parti des dynamiques des communautés affinitaires du web social. Concrètement, il s’agit par exemple d’optimiser le ciblage de ses opérations influenceurs, comme pour McDonald’s lors du lancement de la Commande en ligne, où ont été visés les blogueurs spécialistes des nouvelles technologies. Il s’agit aussi d’adresser des enjeux stratégiques, comme pour Carlson Rezidor, que Linkfluence a aidé à développer sa brand equity avec des recommandations pour activer ses communautés clés. Algopol enrichit la cartographie de nouvelles données et ouvre des voies d’innovation pour l’action : dynamiques des communautés à la micro-échelle des usagers et recoupements avec les catégories socio-démographiques traditionnelles.

 

Les coulisses d’un partenariat exceptionnel

L’histoire a commencé avec Webfluence, un projet de recherche sur les dynamiques d’opinion sur le web social entrepris en 2008 avec Orange Labs, l’Université Pierre-et-Marie-Curie et l’École Polytechnique. Les résultats de cette coopération alimentent toujours les rendus de notre département Research & Services, notamment notre mesure de l’influence. Avec Algopol, nous avons voulu une nouvelle fois enrichir notre R&D avec un travail en réseau. Nous avons mis à la disposition des chercheurs nos capacités de captation de la donnée sociale, créant de nouvelles méthodes de data mining pour répondre à leurs besoins. De même, nous avons pris part au développement de l’interface de l’application Algopol, une belle opportunité de diversifier nos approches du web design et de l’user experience.

Tout au long de ce projet, nous avons été en connexion permanente avec l’ensemble des chercheurs impliqués, spécialistes des sciences humaines comme de l’informatique. Ils nous ont amené à penser les solutions pour une compréhension renouvelée des problématiques digitales : des avancées qui bénéficieront finalement à nos clients pour une maîtrise améliorée de leurs écosystèmes. En outre, l’utilisation d’un panel représentatif mis à disposition par CSA ouvre la possibilité de méthodologies hybrides avec, par exemple, des entretiens avec les répondants en complément de la donnée sociale. Le dernier mot revient à Stéphane Raux, docteur en informatique en charge de ce projet du côté de Linkfluence : “Algopol, c’est l’occasion de tirer parti d’une recherche extrêmement innovante. Notre technologie et nos méthodes sortent véritablement enrichies de ce programme.”

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