Sommet de Copenhague : moins 79 jours (voir le compte à rebours)

Un bruit en ligne qui se renforce …

Alors que l’échéance approche, les communautés du web militant renforcent la  mobilisation :  l’appel “Ultimatum Climatique”, lancé par un groupe d’ONG, a recueilli plus de 146 000 signatures et des initiatives “in real life” apparaissent. Après les actions entreprises en ligne,  militants et sympathisants sont appelés à concrétiser : Avaaz apparaît comme un des acteurs les plus actifs en la matière, demandant à ses contacts de téléphoner au cabinet de Nicolas Sarkozy , apparemment avec succès : “Le message semble être passé auprès du Cabinet de Sarkozy qui a contacté Avaaz hier soir, très surpris par cette action inhabituelle” déclarent-ils sur leur site à l’issue de l’action. Une nouvelle action d’envergure est en préparation : les militants ont rdv le 21 septembre pour sonner ” l’alarme climatique  qui réveillera les décideurs”. Organisée à l’initiative du mouvement mondial pour agir contre les changements climatiques (Tcktcktck soutenu par Kofi Annan),  cette “ flash mob“  a été conçue pour faire le tour du monde.  Quelque 500 événements sont prévus dans 55 pays, comme le montre la carte interactive des mobilisations mondiales mise en ligne par Avaaz , qui a également produit une “trousse à outil du militant“  pour ce jour. Pour la France, 760 personnes ont confirmé, via Facebook,  leur participation à la mobilisation , promue, entre autres,  par le WWF et Greenpeace. Enfin, au delà de la sphère écologique et environnementale, d’autres communautés militantes émergent. Pour faire de Copenhague un combat environnemental, mais aussi et surtout social,  l’extrême gauche se mobilise. Un texte intitulé  Appel Urgence climatique, justice sociale a été publié par plusieurs signataires : Action Consommation, A.C. ! Agir ensemble contre le chômage, Aitec – IPAM, Amis de la Terre, Attac, Bizi !, Confédération Paysanne, Ecorev’, Fac Verte, FSU, Fondation Copernic, LDH, Mouvement de la Paix, MRJC, Réseau Féministe « Ruptures », Réseau Sortir du nucléaire, Solidaires, Vélorution Paris Île-de-France, Zone d’Ecologie Populaire  et soutenu par Alter Ekolo, Fédération pour une Alternative Sociale et Ecologique (FASE), Les Alternatifs, Les Verts, Parti de Gauche, le NPA.

… mais qui ne pénètre pas l’ensemble du web social et citoyen :

En effet, on peut observer que si les tweets contenant les hashtags dédiés au sujet (#cop15, ou encore #climatechange) s’intensifient, si les participants Facebook aux différents groupes augmentent, et si le continent “sociétal” du web social est un producteur prolifique d’articles et de billets, cette montée en puissance reste limitée à une frange réduite du web citoyen. En effet, ce sont les hyperconnectés, hyperengagés des communautés “politiques” et “agora” qui sont présents et qui s’expriment.  Les continents Loisirs et Individualité, qui touchent tous deux plus à l’intime, au personnel, apparaissent imperméables au sujet. Ainsi, en dehors d’une catégorie d’internautes spécialistes du militantisme en ligne et des arcanes de la communication 2.0, le reste des internautes et donc, des  citoyens connectés, n’est pas touché : des communautés pourtant habituellement sensibles aux débats environnementaux, telles que les fans d’automobile, ou encore les mamans   n’abordent pas le sommet lui-même ou les initiatives militantes sur ces trois dernières semaines.

Des continents du web inexplorés par les militants de Copenhague

impact et pénétration territoriale du thème “sommet de Copenhague” sur le web social français source : portail linkscape

Au delà des sites ou blogs, la même tendance est détectée dans les grands carrefours de conversations : des recherches dans les trois grands forums français que sont Doctissimo.fr, AuFeminin.com et Forum-Auto.com sur les mots clés “sommet de copenhague” et “ultimatum climatique” n’ont donné qu’un nombre de résultats extrêmement réduit, mettant en lumière des conversations non suivies, non relancées .

En dehors du bruit médiatique remarquable créé par la mobilisation dans les zones militantes du web, la grande majorité du web social n’analyse pas le sommet, ne débat pas et ne produit pas d’arguments en faveur ou à l’encontre du Sommet de Copenhague.

Alors que ces communautés sont sensibles et productives sur des sujets environnementaux connexes au Sommet, on peut s’interroger sur la stratégie d’occupation du territoire numérique mise en place par les organisations, les sympathisants, les militants : sauront ils trouver les chemins d’accès aux autres continents du web social, ou ceux-ci resteront ils inexplorés ?

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La tarte à la crème du sentiment analysis

Par Guilhem Fouetillou - 3 septembre 2009

Il n’est pas un jour sans qu’un nouvel acteur apparaisse principalement aux Etats-Unis sur le secteur du social media monitoring. Le secteur connaît donc une explosion des acteurs en présence sans que cela ne se traduise par une augmentation des possibilités et fonctionnalités offertes par ces outils. On observe en effet depuis quelques mois une forme de stabilisation ou de convergence des features présentes dans tout outil de social media monitoring.

Une analyse lointaine pourrait laisser penser qu’une telle homogénéisation des services est la résultante d’une adéquation entre l’offre et la demande, les clients de ce type de solutions y trouvant actuellement précisément les fonctionnalités attendues pour gérer l’image en ligne de leur marque ou de leurs clients. Il n’en est pourtant rien et nombre d’experts soulignent les insuffisances de ces solutions (voir par exemple l’excellent billet d’Asi Sharabi qui a suscité une importante polémique dans le secteur).

Parmi ces fonctionnalités que tout outil se doit de mettre en avant on trouve l’analyse de tonalité, plus couramment appelé sentiment analysis. Chaque outil se targue de pouvoir taguer à la volée les contributions au sujet d’un produit ou d’une marque comme étant négatifs, positifs ou neutres et de produire des indicateurs agrégés permettant de repérer en un coup d’œil les humeurs de ses consommateurs.

Une fois dépassé le discours commercial et l’orchestration permanente d’un buzz enthousiaste sur le sujet (par les revendeurs eux même forcément), la réalité est bien moins glorieuse et l’écart entre la pertinence réelle de ces outils et ce qui en est dit abyssal.

Le langage n’est pas constant. Il varie en fonction des zones géographiques, des niveaux d’éducation, des âges, des centres d’intérêt. Il est en perpétuelle évolution et se réinvente continuellement, produisant de nouveaux mots, en exhumant des disparus, donnant des sens nouveaux à d’autres. Le TAL (traitement automatisé du langage) travaille activement sur cette complexité depuis plusieurs dizaines d’années et tous les experts s’accordent à dire que, bien que les progrès dans le domaine sont conséquents, il n’est pas possible de proposer des services tout terrain capables d’analyser automatiquement tout type d’expression issue de la variété des modes d’expression du web.

Comme nous l’avons indiqué précédemment, le sentiment analysis présent sur la plupart des outils de social media monitoring limite la problématique du TAL en se proposant d’annoter les contenus analysés sur une échelle de tonalité allant du négatif au positif en passant par le neutre. Bien que l’ambition soit ici plus limitée, les résultats obtenus ne peuvent être jugés satisfaisants. Seule une partie extrêmement limitée du lexique des termes et expressions laudatifs et péjoratifs est partagée, sa grande majorité est dépendante du locuteur (origine sociale, âge, centres d’intérêt), du contexte élargi (contenus de la page mais aussi contenus des pages et sites en proximité). Ces difficultés ne sont pas insurmontables mais elles demandent une expertise et une intervention humaine continue n’autorisant pas la mise à disposition de tels services sur étagère ou sous forme de SaaS.

Au final, la plupart des solutions existantes classe une grande majorité des prises de position comme étant neutres pour ne pas créer un bruit trop visible et décrédibilisant. Malgré cette sécurité, dans nombre de cas, les technologies sont incapables de repérer le sarcasme, l’ironie, l’implicite, le suggéré et tous ces éléments qui font qu’au final toute prise de parole est porteuse de jugement. Par conséquent, la qualification d’une prise de position comme étant “neutre” est la plupart du temps inappropriée et les résultats agrégés sur les proportions de messages positifs, neutres et négatifs de peu de confiance.

Il est évidemment inquiétant de constater que nombre de marques, agences, instituts d’études s’appuient sur ce type de résultats pour orienter leurs actions ou préconisations. Tous profitent d’une cécité partielle ou complète des marques quant aux médias sociaux due à un manque de compréhension de ces nouveaux territoires ainsi qu’à l’absence de standards partagés et d’une mesure in fine du ROI (voir à ce sujet la présentation très pragmatique d’Olivier Blanchard sur la mesure du ROI dans les médias sociaux). Maintenir ce flou, c’est à terme, discréditer ce secteur d’activité et le mener à une mort certaine. Nous manquons aujourd’hui d’acteurs réellement indépendants, n’ayant pas d’intérêt à promouvoir ce type d’outils, pour poser des benchmarks s’appuyant sur leur utilisation en situation et non sur la comparaison de leurs fonctionnalités déclarées ou des entretiens avec leurs propres concepteurs et promoteurs …

ps : je découvre à l’instant ce billet publié il y a quelques heures par le blog de ComMetrics qui va clairement dans le bon sens !

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